Les freins buccaux restrictifs, et plus particulièrement le frein de langue restrictif, sont de plus en plus discutés en périnatalité et en allaitement. Bien qu’ils soient fréquents, ils demeurent parfois méconnus ou sous-diagnostiqués. Cet article vise à offrir une information claire, nuancée et accessible aux parents. 

Qu’est-ce qu’un frein de langue restrictif? 

Au début du développement fœtal, la langue est fusionnée au plancher de la bouche. Progressivement, un processus naturel de mort cellulaire programmée (apoptose) et de résorption libère la langue. Le frein lingual (frenulum) demeure le seul vestige de cette fusion initiale. 

Chez un certain pourcentage de bébés — estimé entre 4 % et 35 % selon les études, l’outil ou le protocole d’évaluation utilisé — ce processus est incomplet. Le frenulum demeure alors anormalement court, épais ou peu élastique, ce qui peut limiter la mobilité de la langue. 

Lorsque cette restriction a un impact fonctionnel (succion, déglutition, respiration, posture, etc.), on parle alors de frein de langue restrictif. 

On utilise le terme plus global de freins buccaux restrictifs, car d’autres freins peuvent aussi être concernés : 

      • frein labial (lèvre supérieure), 
      • freins de joues, 
      • parfois plusieurs freins combinés. 
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La présence d’un frein buccal n’implique pas automatiquement un problème fonctionnel. On parle de frein restrictif uniquement lorsqu’il a un impact mesurable sur la fonction (succion, déglutition, respiration, posture, confort). Une évaluation individualisée est essentielle. 

Comment savoir si mon enfant a des freins buccaux restrictifs? 

Il peut être difficile de déterminer si un frein est réellement restrictif. Tous les freins visibles ne causent pas nécessairement de problème, et certains freins restrictifs sont peu visibles sans manipulation spécifique sous la langue. 

Souvent, ce ne sont pas les signes visuels seuls qui alertent, mais plutôt les difficultés fonctionnelles, notamment lors de l’alimentation au sein ou au biberon. 

Il n’existe actuellement aucun consensus international unique sur le diagnostic des freins de langue restrictifs. Plusieurs outils sont utilisés (Hazelbaker, Coryllos, Bristol Tongue Assessment Tool, Dobrich), chacun avec ses limites. Le diagnostic repose donc sur une analyse combinée de l’anatomie et de la fonction, et non sur l’apparence seule. 

Il est cependant possible d’observer visuellement certains critères pouvant suggérer la présence d’un frein de langue restrictif chez le bébé, en se référant au visuel ci-dessous, où la colonne 2 représente la normalité:

Signes fréquemment observés (pouvant nous permettre de soupçonner un frein oral restrictif: 

Chez le bébé : 

  • Difficulté à s’accrocher au sein 
  • Petite ouverture de la bouche 
  • Décrochages fréquents 
  • Claquements de langue pendant la tétée (bris de succion) 
  • Ampoule sur la lèvre supérieure ou inférieure
  • Tétées très longues ou très fréquentes 
  • Endormissement rapide au sein 

Chez la mère allaitante : 

  • Douleur ou difficulté à la mise au sein 
  • Gerçures ou crevasses précoces 
  • Impression que l’allaitement est difficile malgré une bonne volonté 

 

Lorsque la succion est inefficace, la stimulation du sein est diminuée. La production lactée peut alors en souffrir. Certaines dyades semblent bien fonctionner au début, surtout si la production hormonale est élevée, puis présentent des difficultés autour de 6 à 8 semaines, lorsque le contrôle de la lactation devient principalement autocrine.

Impacts possibles sur l’allaitement: 

Chez le bébé : 

  • Difficulté à s’accrocher au sein 
  • Petite ouverture de la bouche 
  • Décrochages fréquents 
  • Claquements de langue pendant la tétée (bris de succion) 
  • Ampoule sur la lèvre supérieure ou inférieure
  • Tétées très longues ou très fréquentes 
  • Endormissement rapide au sein 

Chez la mère allaitante : 

  • Diminution de la lactation 
  • Douleur persistante 
  • Crevasses 
  • Canaux bloqués, engorgement, mastite 
  • Vasospasme 
  • Muguet 
  • Réflexe d’éjection fort (REF) 
  • Fatigue et épuisement 
  • Détresse émotionnelle ou symptômes dépressifs 

 

Freins restrictifs et biberon 

Les freins buccaux restrictifs ne concernent pas uniquement l’allaitement. Ils peuvent également influencer l’efficacité, le confort et la coordination lors de l’alimentation au biberon, qu’il s’agisse de lait maternel ou de préparation commerciale. Voir Vidéo

D’autres impacts au-delà de l’allaitement?

Les freins buccaux sont présents dès le premier trimestre de la grossesse. Ils peuvent influencer les mouvements fœtaux, l’organisation des réflexes archaïques et la préparation à la succion. 

« La langue devrait appuyer sur tout le palais afin de favoriser son élargissement, préparer la respiration nasale et stimuler le système parasympathique par le nerf vague. »  Dominique Porret, Comprendre mon bébé 

Un frein lingual restrictif est souvent associé à : 

  • un palais creux ou étroit, 
  • une micrognathie, 
  • des tensions fasciales, 
  • des déséquilibres posturaux. 

Le frenulum étant un fascia, et les fascias étant interconnectés dans tout le corps, des tensions locales peuvent avoir des répercussions à distance, notamment au niveau de la nuque, de la digestion et de la posture. 

Symptômes tardifs chez l’enfant et l’adulte:

  • Difficultés avec les solides 
  • Troubles de l’articulation 
  • Malocclusion 
  • Caries dentaires
  • Aversion orale 
  • Bruxisme 
  • Apnée du sommeil 
  • Respiration buccale

  • Douleurs cervicales ou dorsales 
  • Maux de tête ou migraines 
  • Otites à répétition 
  • Mauvaise posture 
  • Fatigue chronique
  • Hypersensibilité orale
  • Sélectivité alimentaire (« picky eating ») 

Que faire si l’on suspecte des freins buccaux restrictifs? 

Si, comme parent, vous sentez que quelque chose ne va pas, faites-vous confiance et consultez un professionnel à l’écoute. Une approche multidisciplinaire est fortement recommandée. Voir Vidéo pour plus d’infos 

Elle peut inclure : 

  • une consultante en lactation IBCLC, 
  • un professionnel en thérapie manuelle (ostéopathe, chiropraticien, physiothérapeute), 
  • un professionnel formé pour la frénectomie (dentiste, ORL ou médecin).

Cette approche permet de : 

  • réduire les tensions, 
  • améliorer la fonction avant une éventuelle intervention, 
  • optimiser les résultats à long terme. 

La frénectomie est une intervention qui permet de libérer un frein trop serré sous la langue ou sous la lèvre, lorsqu’il gêne la succion et l’allaitement.
Elle peut être réalisée au ciseau ou au laser, selon le professionnel. Le geste est très bref et entraîne le plus souvent peu ou pas de douleur. Le bébé est immédiatement rassuré en tétant, ce qui aide à améliorer le confort et l’efficacité de l’allaitement, pour le bébé comme pour la mère.

Exercices de préparation à la frénectomie (Vidéo)

Fréquence : 3 à 5 fois par jour 

Objectifs : 

  • diminuer les tensions, 
  • réduire l’inflammation, 
  • préparer les tissus, 
  • aider les bébés hypersensibles. 

 

  • Établir un contact sécurisant avec bébé 
  • S’assurer que bébé est réceptif (en éveil, calme)
  • Masser doucement le visage 

Pour améliorer l’extension de la langue 

    • Grimace avec succion : laisser bébé téter un doigt, puis tourner doucement le doigt pour que la pulpe stimule la langue de l’arrière vers l’avant
    • Stimuler la lèvre inférieure (avec un doigt ou une goutte de lait) pour encourager la sortie de la langue
    • Avec une suce : tirer délicatement pour favoriser l’extension de la langue 
    • Encourager à sortir la  langue par imitation

Pour améliorer l’élévation de la langue

    • Glisser un doigt sous la langue (sur le côté de la gencive), attendre le relâchement, puis soulever doucement 
    • Peut se faire à deux doigts (voir vidéo)
    • Quand bébé dort : placer un doigt sous le menton, masser légèrement pour encourager la langue à reposer au palais. Voir Vidéo 
    • Massage du plancher buccal 
    • Tummy Time!

 

 

Pour améliorer la mobilité de la lèvre supérieure

    • Dérouler la lèvre : soulever la lèvre pour que son centre touche le nez 
    • Massages : 
      • entre la gencive et la lèvre
      •  autour de la bouche, surtout au-dessus de la lèvre supérieure 
      • Voir Vidéo

Pour relâcher les tensions de la mâchoire

    • Massage doux des joues et de la mâchoire 
    • Massage sous le menton 

Tummy time (temps sur le ventre) 

Le temps passé sur le ventre permet de : 

  • Muscler la langue, le cou et le thorax 
  • Augmenter l’amplitude de mouvement de la langue
  • Favoriser l’autonomie motrice 
  • Réguler le système nerveux 
  • Optimiser le tonus du nerf vague
  • Calmer et détendre les tensions 
  • Déplier le corps de sa position fœtale
  • Limiter la plagiocéphalie (tête plate) 
  • Aider en cas de reflux, de gaz et améliorer la motilité gastrique 
  • Favoriser une meilleure prise du sein 

Comment masser le visage de bébé, voici quelques suggestions: 

Signes que bébé est prêt pour la frénectomie (si nécessaire!)

 

    • Il dort la bouche fermée
    • Belle visibilité du frenulum (on veut voir une belle membrane blanche)
    • Meilleure élévation de la langue
    • La langue doit pouvoir rester plus de 5 sec sur le palais en position de repos avant la frénotomie.
    • Plus grande ouverture de bouche

Poursuivre les exercices après la frénectomie

Après la frénectomie, il est essentiel de continuer les exercices, même lorsque l’allaitement commence à s’améliorer.
Ils aident la langue à intégrer sa nouvelle mobilité, soutiennent une bonne cicatrisation et permettent de consolider les bénéfices du geste dans le temps.

Associés au suivi avec le thérapeute de bébé, ces exercices permettent :

  • de maintenir la libération obtenue

  • de favoriser une bonne cicatrisation

  • d’améliorer durablement la succion et l’allaitement